dimanche 4 mars 2012

Une délicieuse lecture...

A qui éprouve un frisson de plaisir à la simple idée de goûter aux mets les plus fins.
A qui est déjà persuadé que manger met en ébullition tous nos sens.
A qui a connu un être égoïste, mais auquel il n'a pu jamais véritablement en vouloir, comprenant bien que son égocentrisme n'était pas volontaire.
En bref à qui aime la vie.
Je conseille la lecture de ce concentré de plaisirs, de souvenirs, d'amertume, de colère, d'indifférence, d'incompréhension, de snobisme, d'amour, d'envie, de jalousie, de nostalgie.
Venez partager les derniers instants d'un grand critique culinaire, venez partager sa dernière quête, celle de la recherche d'un met de son enfance, celui qu'aux portes de la mort sa nostalgie lui rend utile, unique.
Venez écouter les dernières pensées de ceux qui l'ont entouré pendant toutes ces années, où sa seule préoccupation fut celle de découvrir des mets savoureux, au détriment de l'amour, de l'amitié, de la famille.
Venez savourer la dégustation d'une tomate, juteuse, écouter le bruit du craquement des dents sur sa peau dure. Venez sentir le pain chaud, écouter le bruit de la croute craquant sous la pression des doigts, toucher la mie si souple (...)
Depuis Le parfum je n'avais pas retouvé un bouquin activant mes sens au fil de la lecture, M Barbery a donc parfaitement honoré le titre de son roman : une gourmandise.
Après ma lecture de l'élégance du hérisson, une gourmandise est une heureuse rencontre, notre auteur honore la langue française et nous procure des sensations agréables au fil des chapitres.
Pour ne rien gâcher, notre histoire contient une leçon de vie : notre vie est souvent orchestrée par la recherche du superflu, de l'illusoire, de plaisirs surfaits, alors, que finalement à l'approche du jugement dernier, notre quête est souvent celle de l'essentiel.


    

samedi 3 mars 2012

Une relation à poursuivre

Je ne connaissais pas Carlos Ruiz Zafon, si ce n'est de nom et je dois dire que la lecture de ce thriller laissera des traces, que dis-je des empreintes, dans ma mémoire bibliographique.
Le jeu de l'ange ou les mésaventures d'un jeune écrivain ayant "vendu son âme". David Martin, jeune homme de dix-sept ans, est embauché pour de menus travaux dans un journal : La voz de la industria, mais par un concours de circonstances jouant en sa faveur, il devra très vite écrire des chroniques. Et là, révélation : quel talent a notre jeune écrivain ! Mais, c'est lorsqu'il se décidera à écrire sous son propre nom que notre protagoniste rencontrera les premiers écueils. Un jour, alors qu'il flirte avec le malheur, il rencontre le patron, celui qui lui demande d'écrire "une religion". Sur le fond de l'histoire je ne peux vous en dire plus au risque de gâcher ces rebondissements et effets de surprise servis par notre auteur.
Par contre sur la forme, mes indiscrétions n'entacheront en rien votre lecture.
Dans Le jeu de l'ange, les évènements se succèdent avec fluidité, notre auteur ne nous laisse quasiment pas une minute de répit. Les personnages sont aboutis comme les situations.
Mais Le Jeu de l'ange c'est aussi l'hommage rendu par notre auteur aux livres, aux écrivains, à la littérature. Nous pénétrons dans l'intimité de l'homme confronté à la page blanche, nous partageons ses doutes, ses craintes, nous mesurons à quel point la vanité du créateur est présente dans toute oeuvre artistique.
Le jeu de l'ange c'est enfin un roman sur la religion, sur les questions qu'elle soulève, sur sa finalité, sa réponse face à la peur de mourir, son pouvoir sur notre intelligence et notamment celui de nous ôter toute forme de discernement pour tomber dans le gouffre de la crédulité.
En bref, j'ai passé un très bon moment et pense poursuivre le début de cette relation qui m'offre d'heureuses perspectives en lisant L'ombre du vent.
Juste une indiscrétion : des rebondissements, vous en aurez jusqu'à la dernière page !

La première impression n'est pas toujours la bonne

Sceptique", voilà le terme qui reflète mon sentiment à la lecture des premières pages de ce polar. Adepte des thrillers je suis, mais les courses poursuites effrénées sur fond d'hémoglobine et de sueur ne sont pas ma tasse de thé.
"Surprise", je l'ai été, au tournant de ce thriller haletant. "Conquise", voilà ma position lorsque je ferme ce bouquin.
Adepte des thrillers psychologiques, je dois dire que de psychologie, Instinct de survie n'en manque pas. L'auteur a bien caché son jeu, les débuts de ce récit ne laissaient présager en aucune façon la suite : des rebondissements, des personnages psychologiquement complexes voire complètement dérangés.
Merci à Babelio et aux éditions des deux terres pour cette découverte

A qui veut connaître l'histoire de l'ancien régime et découvrir la beauté de notre langue, lisez Simone Bertière.

Une fois de plus Simone Bertière m'a transportée. Outre ses talents de biographe, notre historienne manie la langue française comme peu d'écrivains. Syntaxe parfaite, vocabulaire riche, bons mots, humour, notre historienne sert l'histoire de France en l'épurant de ses complexités. En bref, son amour de la langue nous réconcilie avec les ouvrages historiques souffrant si souvent de lourdeurs et anecdotes poussiéreuses. Les pages s'enchaînent et me voici propulsée au temps des Bourbons. Je suis Henri IV, Marie de Médicis, Louis XIII, Richelieu, Gaston d'Orléans, Anne d'Autriche, Mazarin ou bien encore le très jeune Louis XIV ! Souvent Marie de Médicis m'ulcère par son amour maternel inexistant, son esprit calculateur, sa soif de pouvoir, son côté parvenu, et alors je comprends Louis XIII, sa méfiance, son manque d'égards pour le "sexe faible", notamment pour Anne d'Autriche. Puis je souffre de la disgrâce de Marie, celle que les Pays Bas, l'Italie ou encore l'Angleterre se rejettent, celle qui n'a pas lâché prise suffisamment tôt, qui n'a pas compris qu'une fois le roi majeur et apte à gouverner, la Reine mère doit se retirer. Peut-être que son sacre l'a induite en erreur, Anne d'Autriche n'aura pas cette déconvenue, de sacre elle n'en aura pas.
Enfin je suis charmée par Anne d'Autriche, sa candeur, sa loyauté, l'amour qu'elle porte à son Roi. Elle se retirera de la régence avec élégance, et même si Louis XIV l'évincera de toute charge politique jamais elle ne lui fera l'affront de le désavouer en public.
En bref, Simone Bertière nous dresse le portrait de deux femmes emblématiques d'une intelligence notoire. Leur point commun : toutes deux furent régentes, toutes deux durent jouer avec un ministre intelligent et castrateur : Richelieu pour Marie de Médicis et Mazarin pour Anne d'Autriche, toutes deux durent au cours de leur règne affronter une crise majeure : journée de dupes pour une (Marie de Médicis sera désavouée par Louis XIII qui lui préfèrera son Ministre), et la Fronde pour Anne d'Autriche. D'ailleurs, la décision de Louis XIV de gouverner seul sans prendre de Ministre et d'évincer la reine Marie-Thérèse de toute décision politique n'est-il pas la réponse qu'il apporte aux écueils du passé ?

Les conquêtes du roi soleil, tout un programme !

Après Marie de Médicis et Anne d'Autriche, Simone Bertière s'attaque aux conquêtes du Roi Soleil. Bien qu'il n'en manqua pas, la structure de notre ouvrage repose sur un triptyque : La Vallière, La Montespan, La Maintenon. Bien sûr, notre auteur n'omet pas d'évoquer l'existence de Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV dont la place de Reine demeure incontestable du moins par son acharnement à fournir une descendance digne de son nom à notre roi. C'est une fois de plus un ouvrage servi par une écriture d'une extrême finesse teintée d'ironie, le tout agrémenté d'un vocabulaire riche et bien souvent esthétique. La lecture de ces différents tomes m'enchante chaque fois plus.
Dans cet ouvrage, Simone Bertière aborde le statut de Marie-Thérèse, Infante d'Espagne, livrée à notre bon roi, pour quelques raisons d'Etat, la paix entre les deux nations. Notre infante présente quelques attraits physiques similaires à ceux de la Reine mère mais la comparaison s'arrête bien là. En effet, notre souverain constatera amèrement que son épouse présente tous les symptômes de la niaiserie. Déjà disposé envers le beau sexe, Louis XIV cherchera dans ses conquêtes certes la beauté, ses maîtresses sont aimables, mais surtout le bon mot, le ton juste, l'appétit et la subtilité. D'ailleurs, pour notre roi la beauté ne peut pallier l'absence d'esprit, La Fontages en sera un exemple éloquent et en fera les frais.
Vous aurez donc compris que notre charmant trio, précédemment cité, répond à cette exigence de disposer d'une tête bien faite et de la beauté.
A chaque maîtresse correspondra un cycle de la vie de notre roi. Indéniablement autant La Montespan l'aura épaulé durant les années fastes du royaume, celles de la construction de Versailles, des guerres remportées, des deniers publics dépensés sans compter, autant La Maintenon l'aura accompagné vers la dernière phase de son règne, celle des échecs, de la miséricorde, d'une dynastie qui s'effondre, d'une famille trop nombreuse créant des heurts.
Enfin, Louis XIV aura suivi le chemin de son père, il n'aura pas demandé le sacre de Marie-Thérèse, l'aura tenue souvent bien loin des affaires du royaume. Plus tard, il épousera La Maintenon mais n'en fera pas sa Reine. Notre roi aura profondément aimé le beau sexe mais cet amour n'aura pas été un gage de confiance. Seul élu en bon monarque de droit divin, il ne partagera pas son pouvoir. Toutefois, vers la fin de son règne, c'est bien quelque fois qu'il se laissera inspirer par La Maintenon, ou du moins le lui laissera-t-il croire... Défiance envers les femmes en général, oui, mais envers le fruit de ses amours illégitimes, au grand non. Louis XIV aura été prolixe en matière de descendance : dix-huit enfants en tout dont six avec la Reine. Notre roi mettra un point d'honneur à légitimer cette descendance, il donnera donc à ces enfants un titre. Plus tard, pour ceux qui survivront, il participera lui même aux négocations de leur mariage. Par ces unions calculées, Louis XIV associera cette lignée "illégitime" à des projets politiques.

Une lecture peu banale...

"Alter" voilà le terme qui bourdonne dans mes oreilles après cette lecture.
Irvin D. Yalom nous livre une introduction à l'oeuvre de Schopenhauer. Les citations fusent, le choix de leur place dans le récit est d'une grande précision. Je ne connaissais pas véritablement l'oeuvre de Schopenhauer. Grâce à notre auteur et au choix judicieux des thèmes abordés, je mesure aujourd'hui à quel point ce personnage pouvait être détestable de par sa misanthropie et sa misogynie.
Mais La méthode Schopenhauer, n'est pas exclusivement la biographie de ce personnage. C'est aussi en alternance, la psychothérapie de groupe lancée par Julius, un célèbre psychiatre. Ce dernier se sachant condamné décide de reprendre contact avec un ancien patient, Philip Slate sur lequel la psychothérapie a échoué. Quelle n'est pas la surprise de Julius lorsqu'il découvre que Philip est devenu psychothérapeute et que c'est Schopenhauer qui a apporté les réponses à ses questions...Les réunions de groupe seront donc ponctuées de citations, de références sur l'autre, la sexualité, la solitude, la séduction, la jalousie, la mort.
Souvent l'autre est cause de tourment, et ne serait ce pas seulement un instinct de survie que de se prémunir de ses coups. La misanthropie serait-elle la réponse au défit de vivre avec l'autre ?

A se demander pourquoi crime et meurtre sont des mots masculins.

Instigatrice ou bras armé, mineure ou majeure, machiavélique ou déséquilibrée, sadique ou bienveillante, Joyce Carol Oates nous livre à travers ce recueil de nouvelles, neuf portraits de criminelles n'ayant pour seul point commun que le dit crime tant leur état psychique ou le motif qu'elles invoquent sont divergents. Amateurs des entrées par effraction dans le cerveau humain, ne passez pas votre chemin, attendez votre tour. Le voyage que nous offre Oates nous rappelle que le crime est l'affaire de tous.